L'amour des mots


Dans le premier article de mon blog, où je me présentais à vous, je parlais déjà de mon amour des mots, de la place qu'ils ont pris au fil du temps dans mon existence, de leur pouvoir réparateur et bienveillant. Je cherchais pour illustrer cet article une citation exprimant le caractère unique de cet amour, et je l'ai enfin trouvé grâce à la photo ci-dessus. Loin de moi l'idée de dérober quoi que ce soit à Jorge Guillén (dont j'admets n'avoir lu que succinctement les poèmes), mais cette phrase est la plus appropriée que j'ai trouvée.



Lorsque j'ai décidé d'ouvrir mon blog, ma motivation principale était le partage de ma passion première : l'écriture. Chaque fois que j'en parle autour de moi, les gens me demandent si j'ai déjà publié un roman et quel est son titre. Je leur réponds instantanément que j'ai déjà rédigé plusieurs romans, mais que je ne souhaite pas les faire publier, car les histoires qu'ils contiennent sont trop mièvres et gentillettes pour que je puisse en ressentir une quelconque fierté. Même si plusieurs éditeurs ont proposé de le publier - tous à compte d'auteur - j'ai préféré les garder au fond d'un tiroir, sans jamais les ressortir, bien cachés et en sécurité. Je ne les dénigre pas, loin de là, ils font partie de moi mais appartiennent au passé désormais, et même si je ne trouve ces livres plus à mon goût, je garde de leurs moments d'écriture un tendre souvenir.



Aujourd'hui, cela fait six mois que je publie des articles sur le blog, parallèlement à mon emploi et à l'écriture de mon premier roman. Aider les gens à comprendre les règles de la dramaturgie, les guider sur le chemin sinueux des accords de participe passé ou de concordance de temps, et surtout trouver le temps de le faire représente un vrai challenge quotidien. Mais grâce aux commentaires laissés sur le site, grâce aux messages d'encouragement et aux demandes de nouveaux articles, je trouve l'envie et la motivation de continuer. Et puis, il y a vous. Vous qui êtes comme moi des amoureux des mots, vous qui savez qu'ils font partie intégrante de votre vie, de celui ou celle que vous étiez, de celui ou celle que vous deviendrez. Aujourd'hui, je veux vous parler à vous, qui comme moi, ne pouvez pas passer une journée sans une ligne, qui êtes dépendant de cette activité solitaire, souvent chronophage mais tellement passionnante qu'est l'écriture.




Les gens demandent parfois pourquoi j'aime tant écrire... Comme c'est souvent le cas dans les parcours d'auteur, c'est la lecture qui a précédé l'écriture. A six ans, j'ai découvert dans la bibliothèque de mes parents un livre qui m'a enthousiasmée : "Les nouveaux contes de fée" de la Comtesse de Ségur. A partir de là, l'envie de découvrir des univers féériques et enchantés ne m'a plus quittée. Au fil des lectures, cependant, une chose plus profonde et plus intime prenait possession de moi, je dirais presque malgré moi : le désir de raconter des histoires, de coucher sur le papier les scènes qui se déroulaient dans mon esprit et que je distinguais très clairement, comme à travers une visionneuse de cinéma. Des mots d'enfant, des mots colorés et scintillants se pressaient dans mon esprit d'une manière irrépressible. Je n'avais qu'à tendre la main pour saisir mon stylo plume et figer l'empreinte de cette imagination débordante dans les pages de mes cahiers d'enfant.

Au fil du temps et des aléas parfois tragiques de la vie, mes mots se transformèrent et la douce poésie de mon enfance laissa la place à des textes plus bruts et plus sombres. Mes histoires d'autrefois, si naïves et enjouées, disparurent petit à petit derrière le récit d'états d'âme d'adolescente et d'adulte désenchantée. Mes récits, teintés de tristesse et de mélancolie, noircirent des pages et des pages qui s'accumulaient sans que je m'en aperçoive. L'écriture, comme une bouée de sauvetage dans une mer noire et agitée, me permettait d'échapper à la réalité, au quotidien, au côté parfois insupportable de la vie. Unique point de lumière à l'horizon, unique phare rassurant dans l'obscurité, l'écriture était devenue au fil du temps une béquille indispensable sur laquelle m'appuyer.

Autour de moi les gens me pressaient à écrire davantage. Je me rappelle d'une anecdote : mon père, la seule personne à qui je faisais lire mes poèmes, me "forçait" à les partager avec oncles, tantes, cousins et cousines lors de réunions de famille. "Myriam a écrit un charmant poème aujourd'hui. Elle a promis de nous le réciter. Myriam, viens lire ton joli poème."
Rouge de honte en voyant les regards se fixer sur moi, je tenais d'une main tremblante ma dernière œuvre et il faut le dire, je n'en menais pas large ! Aujourd'hui, vingt ans après le décès de mon père, ma sœur me rappelle souvent cette anecdote. Lorsque j'ai partagé avec elle mon envie d'écrire un livre, elle m'a encouragée: "Vas-y fonce. Papa disait toujours que tu avais du talent et que tu deviendras un écrivain célèbre quand tu seras grande." La voix de mon père résonnait sûrement dans mon subconscient lors de l'écriture des premiers mots de mon livre. D'une certaine façon, il était là, avec moi, et il m'encourageait à réaliser une chose dont j'avais toujours rêvé.

Une question me taraudait cependant : avais-je l'esprit écrivain ou, d'une manière plus large, comment devenir écrivain ? Est-ce que les fées syllabaires se penchent sur notre berceau à la naissance?  Je n'en savais rien ! Toujours est-il que je ressentais ce désir d'apprendre et je me suis naturellement tournée vers un atelier d'écriture. Dès le premier jour, l'animatrice de l'atelier, qui est devenue une amie, a répondu à cette question : On ne devient pas écrivain, on naît avec l'esprit écrivain, plus exactement avec une aptitude naturelle à écrire. Selon elle, chacun naît avec une disposition particulière : peindre, écrire, chanter, fabriquer, danser, sculpter. Selon les individus, cette disposition innée se manifeste très tôt, dès l'enfance, ou se révèle à l'âge adulte, voire jamais quand les conditions ne sont pas réunies pour que le détenteur puisse s'exprimer.

Alors, avais-je l'esprit écrivain? 
Comment savoir si j'étais venu au monde avec? 

Pour mon amie, je ne devais même pas me poser la question. Si j'étais né avec l'esprit écrivain, la réponse se  trouvait déjà en moi. Constamment présente. Et c'était vrai. Au fond de moi, je savais que ce que j'aimais par-dessus tout, c'était formuler mes pensées et mes idées en passant par l'écrit. Que mon amour des mots était inconditionnel. Et qu'entre eux et moi, c'était pour la vie !

Aujourd'hui, je sais qu'il n' y a pas de recette miracle pour devenir écrivain. Il existe des ateliers d'écriture pour apprendre les règles de la dramaturgie, maîtriser la construction narrative et perfectionner son langage. Mais je sais que le talent est "une longue patience", comme le disait Balzac à Guy de Maupassant, et que l'écriture doit avant tout rester une passion. Sur ces phrases, je vous quitte et vous laisse réfléchir à vos propres aspirations. Je vous laisse avec une très belle citation, que l'on doit au poète autrichien Rainer Maria Rilke. Dans sa correspondance avec le jeune Franz Xaver Kappus publiée sous le titre Lettres à un jeune poète, il écrivait :
"Dans les heures les plus profondes de la nuit, avoue-toi que tu serais prêt à mourir si l'on t'interdisait d'écrire. Et contemple la réponse du plus profond de ton cœur, là où elle déploie ses racines, et demande-toi : dois-je écrire?"
Dois-je écrire...? La réponse pour moi est oui, assurément ! Et pour vous ?
Je vous souhaite une bonne soirée et à bientôt sur le blog!

She believed she could, so she did. 

Myriam

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